mercredi 19 octobre 2011

La vidéo du 6 octobre

Je HAIS me voir à l'écran, mais les réponses de Serge Doubrovsky en valent la peine, et la vidéo est un bon "résumé" de la rencontre!


Je marche donc sur mon orgueil!


Soyez cléments s'il-vous-plaît, et ne me regardez pas trop, concentrez-vous sur Serge!

http://www.youtube.com/watch?v=KmNLALbShik

mercredi 28 septembre 2011

Doubrovsky/Abdelmoumen à Lyon II le 6 oct.


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pul

Jeudi 6 octobre 

Rencontre entre Serge Doubrovsky et Mélikah Abdelmoumen, 

l'écrivain et sa lectrice


au grand amphithéâtre de l'Université Lumière Lyon 2

(18, quai Claude Bernard 69007 LYON) de 17h à 19h – entrée libre



Rencontre

Dans l'essai L'École des lectrices : Doubrovsky et la dialectique de l'écrivain
 (paru aux PUL en juin dernier), Mélikah Abdelmoumen analyse le dialogue original et fécond qui s'instaure entre la figure de l'Écrivain et sa Lectrice à travers les œuvres successives de Serge Doubrovsky.
Pour répondre à Mélikah Abdelmoumen, Serge Doubrovsky a glissé des post-scriptum qui émaillent tous les chapitres de l'essai et qui constituent de fait un nouveau dialogue entre écrivain et lectrice.

Cette rencontre organisée par les Presses universitaires de Lyon sera l'occasion de perpétuer ce dialogue et de l'ouvrir au public.


 ***


Egalement, la semaine prochaine à Lyon:
Vendredi 7 octobre ·         

Rencontre entre Serge Doubrovsky et Roger-Yves Roche, directeur de la collection Autofictions, etc.
      à la Médiathèque de Vaise 
(place Valmy, 69009 Lyon) 
de 19h à 21h – entrée libre
          Roger-Yves Roche, directeur de la collection « Autofictions, etc. » aux Presses universitaires de Lyon, rencontrera Serge Doubrovsky à l'occasion de la réédition de son recueil de nouvelles La vie l'instant (PUL, juin 2011) et reviendra sur les dernières œuvres de l'auteur, notamment Un homme de passage, paru en février dernier.
En 1977, au moment de la publication de Fils, Serge Doubrovsky a créé la notion d'autofiction pour désigner son entreprise littéraire ; aujourd'hui, une rencontre s'impose entre l'inventeur du mot et le directeur d'une collection dédiée à ce genre si particulier...



Rencontres organisées par
les Presses universitaires de Lyon

en partenariat avec la Bibliothèque municipale de Lyon,
avec le soutien de Passages XX-XXI, EA 4160,
Université Lumière Lyon 2

mercredi 13 juillet 2011

Text-Book-Dream -- mangée par sa propre fiction?


Un rêve cette nuit.

J’avais enfin trouvé un job et mon patron était l’acteur Christian Bale – qui incarnait Bateman, l’american psycho lui-même dans le film tiré du livre de Bret Easton Ellis, mais aussi Batman dans les longs-métrages de Chris Nolan, et encore le personnage du "Machiniste" dans l'onirique film du même nom, qui maigrissait tellement qu'il en disparaissait, qui n'avait pas dormi depuis un an et qui vivait sa vie réelle comme un rêve, sans s'en rendre compte... Christian Bale qui tenait le rôle principal dans l'un de mes films fétiches, Velvet Goldmine, ode de Todd Haynes au Glam Rock.

Dans ce nouveau boulot, j’avais des collègues, uniquement des hommes et des femmes célèbres, mais je ne sais plus de qui il s’agissait. Et dans mon rêve, je me souvenais de mon boulot précédent, un stage dans un bureau d’organisation de spectacles aux côtés d’Ewan McGregor.

Je ne savais d'abord pas ce que nous faisions, au juste, comme travail, au service de Christian Bale. Nous vendions quelque chose.

A un moment, Christian Bale vient me voir et me dit que ça y est, il est prêt à me confier ma première grande mission.

Nous allons me couper en morceaux (il dit ça et dans mon esprit j’ai l’image de cubes de blanc de poulet découpés pour faire un curry sauté ou un truc du genre), me cuisiner et me donner à manger au client, dans le cadre d’une nouvelle recette que nous voulons tester.

Je comprends alors que ce que nous vendons, ce sont nous-mêmes, apprêtés selon des recettes toujours plus « innovantes » pour séduire les palais exigeants de nos clients.

Mes collègues me regardent, angoissés, se demandant ce que je vais répondre.

Christian Bale me demande de bien réfléchir. Il me dit que si j’accepte cette mission, nous continuerons de travailler ensemble longtemps.

La suite du cauchemar se résume simplement : a priori, je ne suis pas contre, mais une question me tracasse. Comment va-t-on me reconstituer ensuite, je veux dire une fois qu’on m’aura tuée, coupée en morceaux et mangée ?

Je ne trouverai pas la réponse avant de me réveiller en sursaut, encore tourneboulée par l'idée de moi-même sous forme de cubes de poulet poêlés survolés par mon âme désemparée qui se demande comment on fera pour recoller les morceaux et lui redonner un corps dans lequel s'incarner.

Perplexité depuis. Des pistes. Rien de bien psychanalytique ou de bien scientifique ou de bien sérieux. Des impressions sur ce qui a pu "mijoter" ces derniers jours pour donner lieu à ça... ça qui, en plus, n'était pas spécialement désagréable -- je ne détestais pas avoir Bale dans mon entourage immédiat!

J’écris actuellement un roman violent, clairement inscrit dans la lignée de Bret Easton Ellis, pour détourner la douleur du deuil d’une amie morte, et l’un des sujets de ce roman est le rapport carnivore du public à ses idoles de la culture, pop ou autre. Tous les principaux protagonistes sont issus du milieu de la musique pop. Et la narratrice qui est une défunte se rend compte qu'être morte, c'est être coincée impuissante à regarder "le film des vivants."

Le tout est aussi un hommage aux désaxés de la musique et du cinéma qui ont bercé ma jeunesse.

Par contre, je n'ai pas mangé de poulet récemment...

Et Batman ? Bateman sans e? Réminiscence d'une lecture de Perec? La Disparition? De qui ou de quoi? Dieu seul le sait, le diable s’en doute, et les chauves-souris se taisent.



jeudi 23 juin 2011

Doubrovsky réédité aux PUL!

... avec avant-propos à quatre mains de Doubrovsky et bibi...




  • Résumé
Réédition du texte de 1985, enrichie d'un avant-propos de Mélikah Abdelmoumen en forme de dialogue avec Serge Doubrovsky. Dans ce livre on voit surgir un territoire négligé de l'existence, une zone infime et capitale : celle des instants. Ainsi une promenade, le jour de Thanksgiving, dans un New York désert, renvoie le narrateur à la dureté du monde moderne ; un appel téléphonique inattendu, pendant une matinée de travail, ressuscite les oppressions d'un lointain passé. Le temps d'un éclair, le réel fait retour dans la banalité protectrice du quotidien, qu'il secoue en ses assises. Il y a, naturellement, le rendez-vous raté avec l'amour. Mais dans un bureau professoral, lieu inhabituel. Et le rendez-vous, imprévu et réussi, près d'une fontaine de Central Park, avec la mort new-yorkaise. Ce qui est, a été, aurait pu être, n'a pas pu être : chacun se heurte, dans sa vie, à cette part du fantastique. L'écriture, à son tour, s'en fait l'écho, se veut accueil à tous les possibles du langage, rencontres où les mots, comme les émotions, s'entrechoquent. Avec, toutefois, dans cette succession haletante d'instantanés, une distance : celle que maintient l'ironie.

  • Biographie de l'auteur
Serge Doubrovsky est bien connu pour son œuvre critique ("Corneille et la dialectique du héros", 1963) et son œuvre de fiction ("Fils", 1977, "Un amour de soi", 1982, "Le Livre brisé", Prix Médicis 1989, "Laissé pour conte", Prix de l'Écrit intime 1999). Il vient de publier "Un homme de passage" (février 2011).


En librairie aujourd'hui.
http://presses.univ-lyon2.fr/?q=node/68&id_product=851

samedi 7 mai 2011

Envols

Je rentre tout juste du Québec. D'avance je demande à ceux que je n'ai pas eu le temps d'y voir de m'excuser. Le voyage était trop court, et trop difficile.

Je suis partie avec mon mari et mon fils, sans attente particulière. Je n'avais apporté ni travail, ni agenda, ni projet, sinon celui de retrouvailles avec certaines personnes qui comptent particulièrement, avec  ceux qui ont un peu fait de moi la femme que je suis, ceux qui ont fait partie de mes jeunes années, mes années-Québec, mes trente-deux années d'avant l'envol, la fuite qui a permis une renaissance, une sorte de venue au monde tardive, avec tout ce que cela peut comporter de larmes, de peurs et de cassages de nez sur des portes fermées, de fonçages dans le tas, de sauts dans le vide.

J'ai voulu retrouver les proches de longue date, famille, famille d'adoption, amis. Et je n'ai pas été déçue. J'ai voulu renouer avec eux, leur réitérer ma fidélité, ma loyauté même de si loin. J'ai voulu revoir les visages qui ont permis que je ne me sente pas seule lors de ces premiers temps où je me sentais si isolée en France, ces mêmes visages qui font qu'aujourd'hui, parce que je ne les vois plus aussi souvent, je me sens parfois très seule, même heureuse ici, même comblée, même parfaitement (ou presque) "intégrée". Ces visages qui font mal à force d'être loin et d'être devenus, onze mois sur douze, des évocations, des spectres que je suscite pour leur parler de ma vie ici... Ces visages qu'il me suffit de retrouver, même dans un pays natal où je ne me sens plus chez moi, pour avoir l'impression de n'être jamais partie.

Car je dois l'avouer, je ne me sens plus chez moi à Montréal. Les rues, les passants, le métro, les commerces, les taxis, les arbres, le visage de la ville, tout m'est devenu étranger. Mon regard s'est habitué à un autre paysage, à une autre urbanité, à un autre accent, même. C'est ainsi. Il paraît que c'est normal.

Mon père, qui a eu l'occasion d'immigrer plusieurs fois, m'a souvent dit que l'on pouvait, si l'on s'en donnait les moyens, vivre l'exil ainsi: en arrivant quelque part et en y posant son "mouchoir de poche", tissé de l'idée que l'on se fait de soi-même et de ce(ux) que l'on aime, de sa propre langue, et des humains en général. Un mouchoir de poche imaginaire comme une terre natale que l'on porte avec soi, en soi, et que l'on peut placer où bon nous semble, pour s'y installer et se sentir chez soi. C'est exactement cela qui est en train de m'arriver. Et mon mouchoir de poche à moi a pour motifs les visages de ceux que j'aime, d'ici ou d'ailleurs, il a le parfum de leur amour et y sont gravés les mots "home is where the heart is".

A Montréal, j'ai donc retrouvé ceux que j'aime, je leur ai présenté de nouveau mes deux mecs. Ceux que j'aime nous ont accueillis avec la générosité de celui qui ne vous tient pas rigueur de votre départ, de vos absences, de vos allers-retours étourdissants non pas seulement entre le Québec et la France, mais aussi entre l'épanouissement égoïste de celui qui a recommencé sa vie et les larmes tout aussi égoïstes de celui qui regrette parfois d'être parti voir ailleurs s'il y était. C'est peut-être aussi cela, l'amour vrai: pardonner à son amie, sa fille, sa soeur, d'avoir foutu le camp "pour sauver sa peau" en vous laissant derrière, vous, qui étiez pourtant là, à aimer un enfant prodigue et ingrat rongé par le désir d'être toujours ailleurs.

Je ne ferai pas la liste des moments où les mots que je brûlais de dire depuis quelque temps me sont enfin venus aux lèvres, sous une forme ou une autre, pour dire à ceux que j'ai retrouvés que chez moi, ce n'est plus le Québec, mais que ma maison se reconstruit miraculeusement autour de nous, se redessine par magie, parfaite et inébranlable, simplement lorsque nous sommes attablés ensemble, ou assis dans leur jardin, dans leur salon à boire le café en mangeant du gâteau aux carottes, dans leur appartement à boire du champagne pendant que mon fils joue avec tous leurs bibelots-hérissons, dans un restaurant à boire un verre de blanc et leurs regards rieurs, dans leur salle de séjour alors que nous nous occupons ensemble de nos enfants et tentons de pallier une récente catastrophe. Car l'une d'entre nous, pendant mon séjour, s'est malheureusement brisé une aile. Je n'en dirai pas davantage, par pudeur et par respect. L'une d'entre nous s'est cassé une aile et malgré la peine, l'inquiétude et armés de notre foi en sa rage de vivre, nous avons tous dû nous adapter, changer plans et projets, nous mobiliser pour tenir le fort, pour l'aider à tenir bon... ou simplement, en ce qui concerne ceux de mes proches qui connaissent moins bien cette personne, à lui envoyer des paroles et pensées de soutien, à me donner à moi, son amie venue en vacances, le droit d'annuler nos rendez-vous pour l'amour d'un oiseau blessé. Moi qui m'étais récemment engagée, en France, dans la vie associative, et qui m'étais heurtée au manque de générosité et de dévouement qui est notre apanage à tous, j'ai redécouvert la solidarité pendant cette semaine étrange.

Je me suis envolée, cahin-caha, il y a bientôt six ans, pour un monde non pas meilleur mais pour un monde autre. J'ai laissé derrière moi ceux que j'aimais et que j'aimerai toujours. J'ai laissé derrière moi des gens qui m'aiment bien davantage que je ne me l'imaginais. Aujourd'hui ils ne sont plus derrière, mais à côté, eux et moi traçant nos routes en parallèle, routes parfois interrompues le temps d'un croisement heureux ou triste, festif ou vital, à Montréal, à Paris, à Lyon...

Je me suis envolée, cahin-caha, ne me doutant pas encore qu'hier, l'une d'entre nous se casserait une aile lors de l'un de mes retours furtifs au nid. J'ai dû reprendre ma route après à peine huit jours, le coeur gros dans un avion qui ne voulait pas décoller et qui une fois dans les airs n'a pas cessé de se faire brasser par les turbulences. Et tout ce temps, mon coeur secoué était avec elle, qui maintenant soigne ses ailes en attendant de pouvoir de nouveau planer, gracieuse et folle de la joie d'être guérie.

Depuis ce matin, je suis hantée par une chanson des Beatles que j'écoutais souvent pendant mes années Québec. Que j'ai redécouverte à l'occasion du film Across the Universe, vu avec l'amie blessée. Peut-être parce que si je l'osais, je l'appelerais pour la lui chanter:

Blackbird singing in the dead of night
Take these broken wings and learn to fly
All your life
You were only waiting for this moment to arise...

Elle ne pourra pas la lire tout de suite, mais cette envolée lyrique est pour elle.




dimanche 10 avril 2011

Fast-thinkers et langues de putes


J’ai d’abord pensé que ce qui me choquait était une arrogance bien française, une ignorance affichée sans complexe qui ne s’entend qu’ici, un truc très parisiano-parisien, une de ces choses qui font que oui, il faut bien le dire, parfois, la France et moi, ça fait deux, comme on dit au Québec.
Mais après mûre réflexion, je me rends compte que c’est plus compliqué. Il y a certes une manière bien française de gérer et de donner en spectacle son ignorance, arrogante et percluse de mauvaise foi, dans ce pays où on préférerait parfois crever que dire « je ne sais pas », où l’on préférerait parfois être torturé des heures que de dire « j’avoue ne pas savoir et j’en suis gêné car je devrais savoir », où on préfère parfois dire « je ne sais pas et je vais quand même vous dire mon opinion là-dessus, avec tellement d’humour fielleux que vous en oublierez que je ne sais pas de quoi je parle »… Comme il y a aussi la manière québécoise d’afficher et de médiatiser l’ignorance, qui témoigne d’une naïveté tout aussi inquiétante, quelque chose comme l’ignorance de sa propre ignorance, avec une absence totale de mauvaise foi. Quelque chose comme l’ignorance qui débarque ingénument, sans se rendre compte du scandale, avec une jovialité de boîte à surprise…
Bref, j’en arrive à déterrer la hache de guerre non pas pour m’attaquer à l’arrogance à la française, mais à l’ignorance toute-puissante et médiatisée telle qu’elle m’a toujours fait grimper dans les rideaux, qu’il s’agisse de ceux de mon petit appartement montréalais du Mile-End il y a quelques années, ou de ceux de mon appartement actuel du génial quartier de la périphérie lyonnaise que j’habite désormais, les Gratte Ciel (amis Québécois, entendez non pas gratte-ciel à la nord américaine post-1967 mais bien agglomération toute construire et dessinée autour du style art-déco, style années 30!!! Magnifico!)
La hache de guerre mélikienne dormait un peu dans son petit tombeau depuis que j’avais quitté le Québec. L’immigration, ça vous force à vous battre avec autre chose, à vous débattre plutôt, comme vous n’auriez jamais imaginé avoir à le faire de votre vie. Et l’immigration, c’est aussi, je crois, cette chose qui vous force à développer une discipline de fer pour apprendre à faire le tri, quand une chose de votre pays d’adoption vous choque ou vous heurte, entre ce qui tient du trait national, et ce qui tient de la bêtise universelle.
Je suis désolée de le dire, mais l’épisode du Masque et la Plume où il a été question du dernier roman d’un auteur que je connais plutôt pas mal, Serge Doubrovsky, appartient à tout ça à la fois : tout ce qui m’énerve de la France (France que par ailleurs j’aime, que j’ai même adoptée, ce qui signifie que je ne suis ni complaisante ni particulièrement mal disposée à son égard), tout ce qui m’énerve des médias, tout ce qui m’énerve de ce que Bourdieu appelait les fast-thinkers, tout ce qui m’énerve des modes, des vogues, de la transformation de la culture en produit de consommation qui se rapproche du fastfood, et dont, n’en déplaise à quelques francophones que je connais (Français comme Québécois), les Américains sont loin d’avoir le monopole.
Quelques exemples tirés presque au hasard parmi la montagne de conneries proférées pendant cet épisode honni ? Of course. Je les dois entre autres à Serge D. (les exemples), car il faut bien que quelqu’un, quelque part, pointe les énormités.
Dès l’ouverture du segment, ça commence bien : énorme faute factuelle, du genre qu’un collégien aurait pu éviter en allant consulter le Robert. Serge Doubrovsky aurait inventé le terme « autofiction » il y a trente ans dans son roman  Un amour de soi (ici, bruit de buzzer de jeu télévisé, BZZZZZZZZZZZZZ ! WRONG !) Le premier collégien qui prépare un devoir vous dira que c’est en 1977, dans le prière d'insérer de Fils, que le mot est d’abord apparu.
La bande de zozos quasi interchangeables déguisés en intellos (qu’il s’agisse de défendre ou de descendre le roman, ils disent autant d’énormités les uns que les autres) enchaîne illico avec une autre phrase qui a dû faire frémir dans sa tombe Roland Barthes, qui a déjà fait partie des chroniqueurs de l’émission (eh oui, on en braillerait de regret, on se dit qu’on est né à la mauvaise époque quand on est moi) : « Un homme de passage. Gros roman. 550 pages… Ah non ! C’est une horreur, il ne faut plus faire ça ! Mais oh! » (Faire quoi ? Ecrire autre chose que des Oui-oui ?, même pour ceux dont c’est le métier de lire et de parler de livres? Même eux ne veulent plus qu'on les force à lire?)
Et ce n’est pas fini. Quiconque a fait la moindre recherche, ne serait-ce que sur Wikipédia, sait pertinemment que la chose dont le personnage-narrateur de tous les romans de Serge Doubrovsky ne s’est pas remis – non seulement il en fait état dans tous ses romans, mais Un homme de passage est l’affirmation finale de la blessure qui a fait l’homme, jusqu’à ses 82 ans aujourd’hui –, c’est l’expérience de la Shoah, l’étoile jaune portée sur la poitrine comme du métal incandescent, les 9 mois terrés dans une cave sans avoir même le droit d’ouvrir les rideaux pour mettre le nez à la fenêtre et voir la vie qui continue pour les autres… Et comment nos grands intellectuels parisiens du Masque et la Plume résument-ils le centre du roman et de l’œuvre d’un des plus importants romanciers, critiques, théoriciens de la littérature et du théâtre de notre temps? Par sa dernière apparition télévisée marquante. Ce qui résume l'ensemble de l'oeuvre de Serge Doubrovsky et encore davantage son dernier livre c'est que, tel que vu à la tivi, il ne s’est jamais remis du suicide de sa femme, Ilse, qui était au centre de son roman Le livre brisé, le seul à avoir connu un grand succès médiatique au  sale et irrésistible petit parfum de scandale. Scandale qui a été lancé par ce grand intellectuel, Bernard Pivot, lors d'une émission d'Apostrophes, cette autre grande messe pour le fast-food culturel déguisé en littérature. (A ce sujet je ne peux m’empêcher de citer Philippe Lejeune : "il y a du vrai dans la roublarde fausse naïveté du « Ah! vous écrivez... ». A « Apostrophes », le texte (ce qui est écrit) et l’écriture (le fait d’écrire) ont tendance à disparaître. Il est plus payant de montrer une riche et séduisante personnalité que de penser à l’auteur d’une œuvre. Il faut ressembler à son livre, le mimer, le parler, l’être. Vous devenez votre propre homme-sandwich. Inutile de vous souvenir de ce que fut réellement votre travail : un travail bien fait efface ses traces. Impossible d’alléguer qu’on écrit justement pour dire autre chose que ce qui passe par les moyens ordinaires. Dangereux de pontifier. Un seul impératif : viser la transparence.")

Enfin, je vais essayer de ne pas salir mon écran d’ordinateur en parlant trop longtemps de celle que j’appellerai Nelly Nunuche, grande prêtresse de la McDoculture, qui commence son laïus en disant qu’elle n’a pas lu le livre en entier mais qu’elle va tout de même nous dire pourquoi il est mauvais et surtout comment elle, petite journaliste tombée avec la dernière pluie des modes littéraires parisiennes, va dire à Serge Doubrovsky (82 ans, une vie et une carrière à se pencher sur la question), comment il aurait dû écrire son livre.
D’abord, évidemment, il aurait dû faire plus court.
Ensuite, il est juif, il aime les femmes et son livre se passe à New York. Il a donc copié Philip Roth. Il faudrait éviter, car cela fait de Serge Doubrovsky un « Philip Roth aux petits pieds »(!!!)
Il ne passerait ses 550 pages qu’à parler des minettes de 20 ans qu’il voudrait "se taper". En effet, le thème de l’attrait irrésistible du narrateur, à une époque de sa vie, pour les trop jeunes femmes, occupe environ un dixième de ce roman, et comme elle n’en a lu que ça, dix pour cent, la Nelly Nunuche, elle est forcément passée à côté du fait qu’Un homme de passage est un roman sur ce que c’est que de survivre à la Shoah; ce que c’est que d’être Juif en France par rapport à être Juif aux Etats-Unis; ce que c’est que de connaître un amour paisible et réciproque au moment où l’on croyait avoir un pied dans la tombe; ce que c’est que voir la mort approcher lorsque l’on est écrivain et que les livres, tout compte fait, ne feront survivre que le personnage alors que l’homme, lui, n’aura de vie posthume que dans le cœur de ceux qui l’ont aimé; ce que c’est que d’avoir donné naissance à un genre littéraire qui a fini par vous échapper, tombé aux mains d’ignares comme Nelly Nunuche...
Et ces rares pages parcourues, elle devait avoir les yeux fermés, se regarder le nombril, ou les ongles, ou son minois fielleux de petite journaliste parisienne au moment de les "lire". Oui, le livre s'ouvre sur un grand départ, puisque le narrateur quitte son appartement et fait ses adieux à New York (ville où il a enseigné plus de 40 ans) parce qu’il prend sa retraite et rapatrie tout à Paris où il passait depuis toujours une année sur deux. Oui, en faisant ses cartons, il revient sur toute une existence d’homme et de professeur, sur une expérience de la judéité sur deux continents différents, questionnant la capacité de la littérature à donner ou non un sens et un prolongement à la vie...  Mais ce n'est pas, chère Nelly Nunuche, parce que « la femme, les enfants sont partis et que l’appartement est devenu trop grand pour lui et qu’il emballe ses bibelots et que chacun lui rappelle un truc et qu’on s’en lasse, ça fait  tellement procédé ! » (Au secours, ma hache de guerre frétille.)
Je passe sur ce que cela a pu me faire d’entendre ces joyeux lurons s’époumoner fièrement sur le fait « qu’il y a toutes ces pages sans ponctuation, là, où il y a des blancs, on n’y comprend rien. Mais pour quoi faire ? Pourquoi ne pas écrire comme tout le monde? » (ceci après l’aveu de n’avoir jamais lu un seul des autres livres de l’auteur, pas UN SEUL). Là, c’était tout simplement trop pour moi. Désolée, amis Français qui m’ont tout de même bien fait réfléchir en me disant que c’est justement cette mauvaise foi qui rend l’émission drôle. Je n’arrive pas à rigoler. Im a simply not amused. Pas plus qu’au Québec, lorsqu'il y a quelques années, la seule et unique émission littéraire télévisée qui avait survécu avait été annulée dans sa forme « classique » ("c’est trop difficile pour les téléspectateurs, il n’y a pas assez de divertissement dedans") et confiée à un couple de vétérinaires parce que le public les trouvait sympas et qu’ils avaient eu un succès monstre avec leur émission précédente, sur les animaux de compagnie. On m’avait d’ailleurs trouvée sacrément effrontée, lorsque lors d’un cocktail, les deux vétérinaires me furent présentés et qu’après les avoir entendus me dire « Nous sommes vétérinaires mais nous adorons les livres, nous serons donc tout à fait comme des poissons dans l’eau à notre nouvelle émission littéraire », je leur avais répondu, avec ce parler québécois qui me revient toujours quand je suis en colère : « Ouain, pis moi, j’aime beaucoup les animaux… j’pense que j’vais aller en opérer une coupl’. J’vais être trrrrès à l’aise devant une table d’opération. J’adore les chats. »
C'est peut-être vrai, je suis peut-être dépourvue de tout sens de l’humour. Je suis peut-être une femme bien morose. Mais je n'y peux rien, la bêtise, ça ne me fait pas rire.