vendredi 3 octobre 2014

Réciprocités - la suite (ou Histoires de Roms 23 et demi!)



Cette amitié que tu racontes est peut-être la dernière issue de secours quand la haine anti-Rroms se banalise autour de nous. On m'a souvent traité de traître, et ça a dû t'arriver. On a trahi la haine et le mépris majoritaires, on a franchi la frontière et on s'y sent bien mieux puisqu'avant tout, c'est la chaleur humaine qui nous abreuve.

Tieri Briet

*

Comme promis, je suis allée ce matin retrouver Cendrillon, sa pote Maria et Anaïs, indéfectible complice dans la lutte, devant l'école où vont les petites, histoire de lui donner quelques vêtements, d'avoir de ses nouvelles, de donner des miennes, etc. 

Aujourd'hui avait lieu, à 10h, pour Cendrillon et pour Maria, le premier rendez-vous parents-profs au collège où sont inscrits leurs ados depuis la rentrée. Elles n'étaient pas certaines de savoir s'y rendre et, on peut se l'imaginer, elles étaient un peu nerveuses... Je me suis donc embarquée avec elles, en bus et en tram, pour les y accompagner.

Elles venaient de recevoir une lettre leur annonçant que leurs chers collégiens ont eu une petite bourse d'études chacun, grâce à Anais qui s'est démenée ces deux dernières semaines pour les démarches administratives. C'est un montant modeste, mais c'est symboliquement énorme.

Nous sommes dans le bus, heureuses. Il fait beau.

Avec nous, une petite fille de 5 ans que Cendrillon accueille pendant quelques jours. Sa famille et elle ont été évacués de leur lieu de vie hier. Ses parents ont dormi dans un parc. Cendrillon, qui vit dans sa petite cabane avec sa belle-mère et six enfants, a néanmoins tenu à ce que la petite soit logée chez elle. Elle lui tient la main et lui prodigue mille caresses. 

La fillette est entre les larmes, la peur et le sommeil, paumée, fragile, une petite blonde dont j'imagine qu'elle pourrait être rieuse et espiègle, si seulement...

Elle ne porte que des babouches et il fait froid. Nous touchons ses pieds gelés. Ni une ni deux, Cendrillon fouille dans le sac que je lui ai apporté. Elle insiste pour donner à sa nouvelle protégée les anciennes chaussures de mon fils que j'avais apportées pour sa fille, à elle. "C'est pas grave, on trouvera d'autres chaussures plus tard." 

Les chaussures sont doublées et lui vont parfaitement. La petite a moins froid. Elle finit par sourire.

Nous continuons de discuter, comme souvent nous sommes d'humeur farceuse. Nous inventons un scénario: si j'avais plus d'argent, je louerais une limousine pour les emmener, elle et les six enfants, tous les samedis, voir leur père qui est en détention préventive depuis février. Nous ferions sensation en arrivant devant l'établissement. Effet garanti. Et Cendrillon qui me tape les cuisses, avec un regard espiègle.

Je lui parle de mon projet de livre et des photos que Christian Desmeules (qu'elle connaît car il a déjà fait d'elle et de ses enfants de magnifiques portraits) veut venir prendre lors de sa prochaine visite chez nous, dans quelques jours. Je tente de lui expliquer ma démarche, mon projet de livre: je lui dis qu'il racontera notre histoire, avec des photos, si elle est d'accord. Je lui dis que ce livre sera aussi un peu le sien et que pour cette raison, je veux lui verser la moitié de mes droits d'auteure, l'autre moitié étant prévue pour des associations etc. 

J'essaie de lui expliquer comment ces choses-là fonctionnent. Le livre qu'on écrit, qui est fabriqué, publié, puis vendu, comment pour chaque vente l'auteur reçoit un pourcentage, une fois par année, etc.

"Tu veux bien? Tu comprends?"

Elle semble avoir saisi. Je lui dis que je vais, de toute manière, demander à une copine qui parle nos deux langues de tout lui réexpliquer, pour être bien certaine qu'elle comprenne le projet avant de donner son accord. Elle traduit tout pour son amie Maria, qui secoue la main en souriant, comme pour dire "Oh, Cendrillon, la star!"

Cendrillon me prend dans ses bras. Et surtout, elle me dit oui. Oui, elle veut bien que ce livre soit NOTRE livre. 

J'ai le coeur à la fête.

Je vais mieux.

Et je tiens à remercier tous ceux qui, depuis mon dernier billet, ont pris le temps de me lire, de m'écrire, de me témoigner leur soutien. Je vais mieux, oui. Et je vous en remercie.


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